Guide de la Cyber Sécurité et Censure en Russie

Lorsque les gouvernements retirent les libertés en ligne des populations éduquées et libres, ils ont tendance à obtenir une violente réponse, et cette réponse peut parfois être fatale pour les gouvernements concernés. Pour le moment, le dirigeant russe Vladimir Poutine découvre qu’il est plus facile de faire des propositions sur la censure en ligne que de les mettre en pratique.

Après que Poutine eut présenté un projet de loi sur la cybersécurité, des milliers de Russes sont descendus dans la rue. Ils pourraient forcer un gouvernement à se renverser, mais là encore ils pourraient échouer. Et si cela se produit, les internautes russes doivent connaître les implications et savoir comment réagir.

Cet article examinera l’historique des relations de Poutine avec Internet, ce que pourrait signifier cette nouvelle législation et comment les Russes ou les visiteurs du pays peuvent se soustraire à la censure si le projet de loi était adopté tel quel.


Une histoire de restriction progressive de la liberté en ligne

La bataille du projet de loi sur la cybersécurité n’est pas venue de nulle part. C’est l’aboutissement d’un processus de restrictions croissantes en ligne (qui, d’ailleurs, ne se limite pas à la Russie).

Il y a encore 10 ans, c’était loin d’être le cas. La plupart des commentateurs ont estimé que le paysage de l’internet de la Russie était relativement peu contrôlé et que l’État ne filtrait que très peu ce que les Russes pouvaient ou ne pouvaient pas voir.

À mesure que l’opposition à Poutine s’est accrue à partir de 2010, cela a changé. Internet a fini par être considéré comme un adversaire du gouvernement et la liste noire a été étendue aux groupes politiques. Mais c’était loin d’être fiable, et des dissidents comme Pussy Riot pouvaient toujours utiliser le Web pour gagner en audience et popularité.

En 2018, les mesures se sont accentuées, avec une interdiction nationale du service de messagerie Telegram. Des rapports suggèrent que l’État avait également commencé à enregistrer les couvertures 3G et 4G dans les zones touchées par les manifestations de l’opposition. Mais les manifestations contre la censure de Telegram se poursuivaient toujours, alors que les manifestants et leurs avions en papier (le symbole de Telegram) s’affichaient dans les médias du monde entier.

Cependant, à l’aube de 2019, Poutine a envisagé des mesures de sécurité supplémentaires. Le gouvernement a dû faire face à un nombre croissant de protestations et la précédente législation numérique n’avait pas réussi à réprimer la dissidence en ligne. Les nouvelles mesures vont-elles réussir ou susciter encore plus d’opposition?


Que signifie le projet de loi sur la cybersécurité de 2019?

La législation (également connue sous le nom de «Programme national sur l’économie numérique») proposéepar Moscou vise essentiellement à transformer la Russie en une région numériquement fortifiée chaque fois que l’État le souhaite. Cela ressemblerait beaucoup au Grand Pare-feu de Chine , qui réglemente étroitement l’accès à certains services et sites Web à l’intérieur des frontières chinoises.

Moscou déclare que ce mur constituera un outil de sécurité précieux, assurant la protection de l’internet national dans le cas où la Russie serait soumise à une cyberattaque étrangère. Cependant, experts et dissidents qualifient ces nouvelles frontières numériques de «rideau de fer» qui restreint radicalement les libertés individuelles.

Cela peut sembler dramatique, mais les conséquences de ces mesures sont potentiellement considérables. Les sources d’informations étrangères pourraient être interdites et les citoyens ne seraient pas nécessairement en mesure d’envoyer des contacts par courrier électronique à l’étranger. Les plates-formes de streaming seraient soumises à de nouvelles restrictions, et tout ce qui serait transféré numériquement depuis l’étranger pourrait être intercepté et bloqué.

C’est la recette pour une censure et un contrôle de l’Internet – c’est exactement ce que désire Poutine.


Quel effet cela aurait-il sur les VPN russes ?

La nouvelle campagne de censure en ligne de Poutine a un autre effet secondaire potentiellement dangereux: la disparition de tout réseau privé virtuel (VPN).

Lorsque Telegram a été retiré, des millions de Russes se sont adaptés en recherchant des VPN. En effet, les VPN offrent un moyen de contourner de nombreuses formes de censure gouvernementale et constituaient (au moins au début) une solution très efficace à l’interdiction de Telegram.

Pour ceux qui ne le savent pas, les VPN cryptent les données que vous envoyez via le Web et créent des «tunnels» sécurisés entre votre appareil et les serveurs internationaux. Lorsque les données sont acheminées via ces serveurs, votre adresse IP d’origine est échangée contre une adresse à l’étranger.

Lire notre Guide au sujet du Fonctionnement des VPN

En théorie, la combinaison du cryptage et de l’anonymisation des adresses IP peut rendre les utilisateurs invisibles à la surveillance par l’état, rendant ainsi très difficile la censure de leurs activités. Et c’est ce que nous voyons dans des pays comme la Chine ou l’Arabie saoudite. 

En Chine, Beijing tient un registre des VPN «approuvés» et en interdit d’autres, mais l’État n’a jamais été en mesure de restreindre les utilisateurs Web aux fournisseurs approuvés. Aucun pays n’a réussi à discipliner tous les fournisseurs de VPN.

La Russie pourrait-elle être la première à le faire? Cela semble être le plan.


La législation de Poutine va-t-elle réussir ?

Il semble y avoir très peu de doute que Poutine aura son chemin à la Douma (le parlement russe). Comme le journaliste Andrei Soldatov a déclaré : “L’essentiel – donner au gouvernement la possibilité d’isoler une région ou le pays en temps de crise, est certainement préservé”.

La question est de savoir si cela fonctionnera dans la pratique. Et il y a de la place pour le scepticisme ici.

Premièrement, le projet de loi nécessite un travail technique important pour le rendre possible. Moscou impose un fardeau aux entreprises de télécommunications nationales, qui devront créer une infrastructure de serveur entièrement à l’intérieur des frontières russes. À l’heure actuelle, une grande partie du trafic est acheminée via des serveurs étranger, ce qui nécessiterait d’être rapatrié.

Le DNS est un autre problème. Pour qu’un site Web purement domestique fonctionne, tous les sites accessibles auront besoin d’une identité DNS russe ainsi que d’une adresse DNS classique. Ces adresses domestiques n’existent pas encore.

Enfin, Poutine veut créer un registre central de sites Web nationaux – appelé Roskomnadzor.

Les entreprises de télécommunications devront mettre à jour le Roskomnadzor lorsque l’architecture de leur réseau sera modifiée. Mais comme cela se produit constamment, ils ne savent pas comment ils vont pouvoir gérer les mises à jour du registre.

Rien de tout cela ne signifie que Poutine et son gouvernement vont reculer. L’agenda de la cybersécurité et de la censure est devenu un élément clé du programme de Moscou et le projet de loi ne sera probablement pas retiré. Mais la mise en œuvre pourrait être très délicate, et cela stimule quelque peu les activistes.


Comment contourner la censure d’Internet en Russie

Supposons que Poutine réussisse et que les techniciens de l’État parviennent à créer une version totalement nationale d’Internet. Cela donnerait certainement aux fonctionnaires des leviers pour réprimer presque tout contenu en ligne qu’ils n’aiment pas. Mais tout n’est pas perdu du point de vue de la liberté numérique. Voici pourquoi.

Comme nous l’avons noté précédemment, les VPN sont couramment utilisés en Chine et en Russie pour rendre la censure étatique nulle et non avenue. Si Pékin en avait la capacité, il aurait complètement bloqué les VPN . Mais les Chinois n’ont pas été en mesure de le faire. Pourquoi Moscou ferait mieux?

En 2017, la Russie a tenté de bloquer les VPN et a complètement échoué. En l’espace d’un an, des millions de Russes avaient téléchargé des VPN pour conserver l’accès à Telegram, et l’État avait engagé des poursuites judiciaires contre exactement aucun VPN. La législation avait complètement échoué.

Cela signifie que si le rideau de fer devait entrer en vigueur, les utilisateurs pourraient bien être en mesure de contourner ses restrictions avec le bon VPN. Cependant, comme en Chine, tous les fournisseurs ne fonctionneront pas. Si vous avez déjà utilisé un VPN en Chine et que vous rencontrez des problèmes de connexion constants, vous comprendrez.

Au lieu de cela, les utilisateurs devront choisir un fournisseur fiable, respectueux de la vie privée et ayant fait ses preuves dans la lutte contre la censure gouvernementale. Si vous avez besoin de conseils, le meilleur VPN pour la Russie figure sur cette liste.


Qu’elle est le pire scénario?

Avant de terminer, il est important de rappeler que la liberté en ligne n’est pas garantie. Le gouvernement de Poutine pourrait réussir à créer un Internet russe censuré, et si cela se produit, les VPN risquent d’être beaucoup moins efficaces.

Si le Web russe est complètement séparé du reste du monde, les VPN ne pourront pas acheminer le trafic via des serveurs étrangers. Ils sont peut-être capables de fournir un cryptage considérablement amélioré et un degré d’anonymisation, mais leur utilité en serait moindre.

Néanmoins, avoir un VPN comme option de secours est logique. Il est peu probable que la Russie se “déconnecte” complètement pendant de longues périodes. En fait, les utilisateurs auront davantage tendance à avoir besoin d’un VPN pour échapper à la surveillance et à la censure conventionnelles. À mesure que la dissidence et contestation se développe et que le gouvernement cherche à réagir, ce type de protection pourrait être une question de vie ou de mort.

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